Jour 5 : Marla – Cilaos – Caverne Dufour

On reprend le rythme d’hier avec un lever à 6h pour bien profiter de la journée (sachant que le soleil se lève vers 5h). A peine levé, je fais deux/trois pas dehors pour dérouiller un peu les muscles à je tombe nez à nez avec mon cadeau du jour ! Oui je considère qu’après l’opinel et le buff, retrouver quelque chose ce matin au lever du lit, c’est clairement un cadeau ! J’adore cette randonnée ;o)

Aujourd’hui c’est donc une casquette Rossignol. Alors moi j’en ai (encore) une pour l’instant mais Céline n’en a pas prise (elle a choisi les tongs à la place) et comme elle a cassé ses lunettes de soleil dès le premier jour (et même le premier midi), cette casquette est plus que bienvenue pour elle. Ça lui permettra d’avoir les yeux qui souffrent un peu moins.

Le programme de ce début de journée ne change pas : petit déjeuner devant un paysage magnifique, la même montagne scellant le passage entre le cirque de Mafate et celui de Cilaos où seul le col du Täbit laisse un semblant de perméabilité entre les deux. Depuis hier soir le paysage n’a pas changé mais comme chaque nuit les nuages ont laissé place à un beau ciel bleu et dégagé. Un régal pour notre petit déjeuner qui nous permet d’anticiper encore une belle journée.

7h20, le rythme est réglé comme une horloge. On quitte notre bivouac avec le sac plein… sauf d’eau ! Alors on s’arrête un peu plus loin dans Marla pour remplir nos réservoirs dans un gîte ou pas moins 25 randonneurs allemands s’affairent dans le but de gravir la montée du Taïbit. On les prend de vitesse et on repart avant qu’ils ne soient prêts.

On traverses complètement Marla qui est assez grand. La montée commence doucement dans la « prairie » avant de se poursuivre rapidement dans la forêt. A peine la forêt rejointe, on aperçoit un hélico qui fera des allers/retours entre Marla et le nord ouest de l’île pour évacuer les poubelles et ramener du matériel en échange directement chez les habitants.

Il n’y a aucune route dans Mafate donc bien sûr une absence totale de voiture et du bruit qui va avec. Néanmoins, les hélicos sont loin d’être silencieux et se font largement remarquer dès 6h/6h30 du matin avec les premiers touristes qui viennent survoler le cirque pour quelques secondes de ce qui doit ressembler à un grand moment de contemplation fugace. Les hélicoptères « d’assistance » qui évacuent les poubelles ou viennent livrer les charges lourdes n’apparaissent dans le ciel qu’un peu plus tard.

La montée vers le col alterne les passages en forêt et ceux un peu plus à découvert nous laissant régulièrement admirer le paysage en nous préparant à celui qu’on pourra admirer un peu plus tard au sommet de notre ascension. La vue sur le Nord de Mafate est belle, n’en doutons pas, mais celle depuis le nord vers le sud est plus intéressante je trouve, voire, encore mieux, celle qu’on a depuis la Brêche, là où nous avons rejoint la descente du Maïdo et qui permet d’embrasser quasiment tout le cirque.

On profite tout de même largement de cette vue car ce sont nos derniers instants dans le cirque… c’est un peu triste car on a vraiment passé 3 jours magnifiques mais la suite qui nous attend promet d’être pas mal non plus.

Vue depuis le col du Taïbit avec Aurère en contrebas

 

Pour autant, ce n’est pas forcément ce que laisse présager la vue lorsqu’on se retourne du côté de Cilaos. Ce cirque est bien moins isolé avec beaucoup de maisons un peu partout. Le retour à la civilisation s’annonce pour bientôt et ne nous fait pas forcément envie… heureusement, ça ne sera que momentané, le temps de remonter quelques milliers de mètres au- dessus de la mer.

Comme toujours, la descente n’est pas très reposante, particulièrement pour les genoux mais le cadre est sympa. Encore dans la forêt ou traversant quelques zones à découvert nous permettant d’observer le piton des neiges… en tout cas d’observer une montagne où l’on sait qu’il y a le piton des neiges sans vraiment savoir de quel pic il s’agit. Loin de ressembler à une montagne toute pointue culminant au-dessus des autres, il s’agit plus d’un amas de petit pics les uns à côté des autres. Du coup sans le connaître, difficile de dire lequel domine l’océan Indien.

Le piton des neiges est là… quelque part

 

Lorsqu’on a fait notre pause hier pour boire la citronnade, le gars nous a appris qu’il y avait un bus qui allait de la route (en bas de notre descente) jusqu’à Cilaos et un autre du centre de Cilaos jusqu’au Bloc, point de départ pour l’ascension vers le piton des neiges. Il y a quand même 5 km entre le centre de Cilaos et le Bloc, chose que je ne savais pas.

Du coup, on hésite entre poursuivre notre parcours à pied en cheminant par le GR à travers la forêt directement jusqu’au Bloc sans passer par Cilaos ou prendre le bus pour nous éviter toute cette partie qui, d’après ce fameux gars n’est pas simple et peut-être pas non plus très intéressante. Personnellement, je préfère la première option car prendre le bus c’est un peu tricher.

D’un autre côté, la descente a été bien fatigante et on se dit qu’on peut commencer la montée au piton aujourd’hui en allant jusqu’au plateau du petit Matarum où il y a un cabane de l’ONF et une source d’eau. Donc tout le nécessaire pour bivouaquer. Le plateau se trouve à mi-chemin entre le Bloc et le refuge du piton des neiges. Toujours dans l’objectif de faire le piton, on se dit que ce qui sera fait aujourd’hui ne sera pas à faire demain.

Mais où est Charlie ?

 

Du coup la décision est prise, on prend le bus jusqu’au centre de Cilaos et on s’arrête pour manger au restaurant. Ça fait longtemps qu’on n’a pas mangé de légumes, alors on en profite pour commander une salade aux bouchons et aux samoussas (Mais il y avait quand même des légumes dans la salade ;o) D’ailleurs les samoussas seront excellents. Et bien sûr, La Dodo l’est là aussi…

Le repas terminé, on va prendre le bus qui nous emmène au Bloc, l’un des départs de l’ascension vers le piton des neiges. On attaque la montée par des marches bien évidemment, avant de continuer… par des marches. Néanmoins le rythme est plutôt bon et on arrive au plateau, à mi-chemin du refuge après 1h35 de montée au lieu des 2h annoncées. C’est bien la première fois qu’on a autant d’avance par rapport à ce qui est annoncé… voir qu’on a de l’avance tout court.

Un escalier

Un autre escalier, mais il n’a rien à voir avec l’autre

 

 

 

 

 

 

 

Lorsqu’on arrive, on jette un regard rapide aux alentours afin de voir où planter la tente pour s’apercevoir que le seul emplacement est déjà occupé par 2 mecs. On peut toujours leur demander de se mettre à côté… On les aborde pour discuter un peu avec eux en leur expliquant notre parcours et qu’on voulait dormir ici ce soir. D’un autre côté, vu la montée qu’on vient de faire et comme on est assez en forme on hésite à poursuivre jusqu’au refuge. Sauf qu’on n’est pas certain de pouvoir trouver un bivouac là-haut.

Lorsque j’ai appelé il y a quelques semaines pour réserver une place au refuge, je me suis fait non seulement éconduire pour un lit puisqu’il n’y avait plus de place, mais également pour planter la tente à côté. C’est interdit ! Pour autant on sait qu’il y en a qui arrive à y dormir donc on est perplexe.

Bref, la conversation tourne très vite à « franchement vous n’avez pas le niveau, nous on est monté en 45 minutes au lieux des 2h ». Mais du coup si t’es si fort pourquoi tu t’arrêtes déjà ici alors qu’il n’est pas encore 16h? Franchement ils nous saoulent assez vite, du coup on refait le plein des pipettes, des bouteilles d’eau et on repart en direction du refuge. On verra une fois là-haut comment faire pour dormir. Au pire, j’enverrai Céline avec son air fatigué, il ne vont quand même pas nous jeter à la tombée de la nuit !

C’est donc reparti pour une nouvelle série de marches. Au début on a la super forme, on avale les marches comme elles viennent et après la journée qu’on a déjà eu on se surprend même à se dire que s’il n’y a pas de quoi dormir à côté du gîte, on pourrait pousser dès ce soir jusqu’au sommet du piton pour y dormir comme je l’avais envisagé initialement.

On fait bien les fatigués non ?

 

Et puis la fatigue nous rattrape. On marche de plus en plus dans la brume des nuages. On ne voit pas le sommet de notre expédition tant les nuages sont denses, ce qui rend la montée encore plus difficile. On ne voit pas l’objectif pour se rassurer quant au reste à faire. Les 35 dernières minutes sont vraiment éprouvantes. En plus des marches, il y a de plus en plus de cailloux instables qui se dérobent sous nos pieds pour nous ralentir encore un peu plus.

A 20 minutes du sommet, on commence à guetter où nous pourrions bivouaquer mais il n’y a pas le moindre espace plan pour planter la tente. Finalement, on arrive enfin en vue de notre objectif. Quelques espaces de bivouac se dessinent mais on se les garde uniquement comme solution de secours. On monte les quelques mètres restant pour arriver au col et comme par magie le ciel se dégage. Les nuages laissent place au ciel bleu resplendissant. On a l’impression d’être en avion et de passer au-delà de cette couche qui nous plombe souvent nos journées.

Instant magique

 

Le soleil brille, le ciel est bleu et le refuge est enfin en vue. Il est environ 17h30 et là on se dit qu’on ne pourra plus continuer jusqu’au sommet, sous aucun prétexte. En s’approchant du refuge on rencontre des campeurs qui se sont installés dans le « maquis ». En discutant avec un local, j’apprends qu’il y a une zone de bivouac juste après le refuge et qu’elle est faite pour planter la tente… c’est à n’y rien comprendre ! Pourquoi lorsque j’ai appelé le refuge, ils ont refusé que je m’installe à côté ?

Le piton de la Fournaise en haut à droite

 

On est bien content de pouvoir monter la tente rapidement. La vue est incroyable. Le soleil se couche nous faisant profiter d’une variation de couleur rosée au dessus des villes de l’Est de l’île. Des villes on n’en n’aperçoit pas grand chose puisqu’elles se trouvent sous les nuages. Par contre, on peut admirer en arrière plan le piton de la Fournaise qui lui aussi s’est drapé de rose pour notre plus grand bonheur. Ça nous rappelle notre dernière venue où on avait passé la soirée en haut du volcan pour le coucher de soleil dans des conditions un peu similaires (en passant au dessus des nuages). L’ambiance est la même, les couleurs sont les mêmes, le bonheur d’être là est le même…

La soirée sera très courte. On rentre dans la tente vers 20h sans même sortir de quoi lire. La journée a été plus qu’intense (bien plus que prévue), on a même battu notre record de tous les temps de dénivelé positif dans la journée. Et puis surtout, demain le réveil sonne à 2h30 pour partir faire l’ascension afin de profiter du lever du soleil en haut du piton. Même en se couchant si tôt et avec le froid qu’il fait, on trouve le sommeil assez rapidement. Demain une longue et belle journée nous attend pour clôturer notre trek.

Bilan du jour : 10,8km – 1562m d+ – 821m d-

Lieu de bivouac

  • Sebastien Barthe

    Encore un excellent épisode ! Mes deux passages préférés sont « franchement ils nous saoulent, si t’es si fort… » et «  au pire, j’enverrzi Céline avec son air fatigué ». Hâte de lire la suite !
    SB

  • Merci ;o)

  • Xelle

    re re ouaouou quelles photos !
    ah la la dès que la comparaison, la compétition s’en mêle, ça casse un peu l’ambiance 😉

    • C’est claire que la journée nous a offert de beaux paysages, particulièrement pour le bivouac.