Jour 2 : Lac Blanc – Lac d’Anterne

5h30… mon réveil biologique s’allume. L’intensité de la lumière à l’intérieur de la tente se fait plus importante. Je sors la tête pour voir ce qu’il en est : il est temps de sortir si je veux voir le lever du soleil.

Rapide tour d’horizon. La tente en contrebas de ma position est partie dans la nuit. Je la retrouve tout en bas… ils ont dû avoir le même problème que moi cette nuit.

Bien que je vois enfin le Mont Blanc, le lever de soleil n’est pas aussi beau que j’aurai pu l’espérer. Je passe donc vite à l’étape suivante : je sors toutes mes affaires pour tenter de les faire sécher. Je vide mon sac qui est gorgé d’eau et tout est étalé dehors. Entre le froid et l’ombre, je ne m’attends pas vraiment à ce que cela sèche.

Je prends mes affaires pour petit déjeuner et je grimpe un peu pour sortir de l’encaissement où je me trouve. La vue est vraiment belle. Entre le lac blanc et toute la chaîne du Mont Blanc, j’ai enfin la vue que j’étais venu chercher.

Progressivement la lumière s’intensifie, puis les couleurs du matin apparaissent également. Toute la palette du rose au violet est là. Enfin le soleil fait son apparition, lentement et discrètement il vient illuminer le point culminant à presque 5000 mètres juste en face de moi. C’est un beau spectacle, pas le plus beau des levers de soleil mais ça valait vraiment le coup de se lever tôt.

Après une séance photo, je reprends la route avec un sac trempé qui dégouline dans mon dos. Ça passera… Il est 7h lorsque je quitte mon bivouac à destination du mont Buet. C’est l’objectif du jour.

L’un des lacs de Cheserys

J’arrive rapidement aux lacs de Cheserys un peu plus bas. Il y a beaucoup de monde en train de se préparer après un lever récent. Il y a même étrangement plus de monde qu’au lac Blanc (normalement c’est le contraire).

La redescente jusqu’au col des Montets (départ habituel du tour des aiguilles rouges) est très agréable. Je garde la chaîne du Mont Blanc pendant un long moment avant de plonger de 1000 mètres en contrebas. Je suis un sentier au travers d’une végétation très luxuriante vu l’endroit où l’on se trouve. C’est vert, il y a des fleurs et je croise souvent de l’eau. Ce n’est pas ce qui manquera sur mon périple.

Aujourd’hui encore je croise des bouquetins… décidément ils sont relativement présents pour l’instant tout comme le car d’asiatiques qui monte à contre sens de moi. Au moins une trentaine de personnes les unes derrières les autres. Ça fait bizarre de croiser autant de monde ici.

J’arrive donc au col des Montets après 2 heures de descente. Le soleil m’a à nouveau quitté depuis un moment. Le ciel est couvert mais la température n’est pas fraîche.

Petite pause-café avant de repartir en direction du refuge de la Pierre à Bérard. La moitié des 2h30 de montée se passe dans la forêt de sapins. Un torrent est également là pour m’accompagner jusqu’au refuge. La lumière filtrée par les branches donne une ambiance particulièrement agréable en laissant passer les quelques rayons de soleil. Comme d’habitude, passé les 1800 mètres d’altitude les conifères laissent place à une végétation plus florale.

Je profite du refuge pour m’offrir une pause coca… que finalement je n’apprécie pas particulièrement. Il est 11h passées et je commence à fatiguer un peu. Encore 3h30 jusqu’au sommet du mont Buet, point culminant de ma semaine.

J’y retourne donc motivé par le panorama que j’attends de découvrir là-haut.

Je passe les 2000 mètres rapidement et les névés sont très présents de ce côté. J’en traverse plusieurs et je perds un peu le fil du chemin. Je me retrouve dans une montée très abrupte m’obligeant à mettre les mains pour continuer d’avancer.

Trop fatigué, je décide de m’arrêter faire ma pause déjeuner. Je fais même une petite sieste pendant que le repas chauffe… la journée est vraiment épuisante et je suis encore loin du but (bien plus que je ne le croyais à ce moment-là).

A peine revigoré après cette pause je continue la montée à travers névés et gigantesque pierrier. Je croise deux autres randonneurs que je suis, vu la technicité du terrain. C’est bien de ne pas être seul ici.

L’ascension se fait lentement et prudemment d’autant plus qu’il n’y a plus vraiment de chemin là où je me trouve. Le mont Buet est devant moi mais caché par une épaisse couche de nuages. Mais j’y crois encore, il y a du vent et les nuages vont et viennent.

Beaucoup trop de neige pour faire l’ascension du Buet

Malheureusement, je dois me résoudre à bifurquer vers le col de Salenton. La neige est bien trop présente pour envisager une ascension du mont Buet dans des conditions de sécurité optimale. Il y a de la déception c’est évident, j’en avais fait mon « objectif » de la semaine, c’était le seul 3000 accessible dans le coin. Pas de chance, cette année il y a beaucoup trop de neige (et en même temps c’est aussi ce qui rend le paysage si beau).

Je poursuis donc jusqu’au col de Salenton qui me permet d’avoir une vue d’un côté sur le Nord-Est et toute la vallée que je viens de traverser et de l’autre sur la journée que j’avais prévue pour demain. J’hésite à planter la tente au col mais il y a pas mal de vent et il n’est que 15h… et je fais quoi après ?

Regard en arrière sur ce que j’ai fait ce matin

La fatigue est évidemment très présente après ce début de journée mais je me dis que je peux «gagner » une journée en continuant de marcher jusqu’à ce qui devait être mon bivouac de demain. Ça devait être une petite journée de repos donc c’est peut-être jouable. En tout cas je préfère cela plutôt que de rester là.

Je bascule donc de l’autre côté du col en direction du refuge de Moëte Anterne. Je descends dans un pierrier avant de retrouver un petit chemin dans l’herbe. Les moutons ne sont pas loin ; la verdure et les fleurs de la vallée sont de retour. Je suis au fond de la vallée, entouré de part et d’autre par ces immenses montagnes qui me rappellent que je suis tout petit et uniquement de passage dans cette environnement magnifique.

Qui suis-je au milieu de ce massif des aiguilles rouges ?

Je poursuis ma route jusqu’au refuge. Marcher devient difficile, la fatigue est vraiment très présente. Je pensais bivouaquer ici étant donné ma fatigue mais le lieu n’est pas propice. Ou plutôt le lieu ne me convient pas. Trop de bâtiments, le refuge n’est assez grand et constitué de plusieurs bâtiments. Si je suis parti en autonomie c’est pour me retrouver seul au milieu de la nature.

Alors je continue. Je fais une pause de 15 minutes pour reposer mes jambes et m’alimenter un peu mais je repars. Je repars à destination du lac d’Anterne, destination initiale de demain soir. Il me reste une heure de marche pour y arriver, mais surtout une dernière ascension de quelques centaines de mètres.

Je m’attendais à une ascension lente et difficile mais finalement l’énergie me revient. Je monte à marche forcée avec mes bâtons pour m’aider. En haut les nuages sont devenus gris et les gouttes arrivent doucement. J’ai une vue sur les Fiz. Je me demandais en préparant cette rando à quoi pouvait ressembler cette énorme barre rocheuse. Maintenant je sais et c’est assez impressionnant.

Je bascule donc de l’autre côté sans m’arrêter au col pour mettre un point final à cette journée. Rarement j’aurai été aussi fatigué après une journée de marche.

J’arrive au lac à 18h15. Cette fois-ci je suis totalement seul. Le paysage est superbe. Le torrent se sépare en une multitude de petits bras d’eau se jetant dans le lac. Avec la lumière et la brume, l’ambiance est quelque peu étrange.

Cette fois-ci je prends mon temps pour trouver où mettre ma tente. J’étudie toutes les options en fonction de la pente du terrain autour de moi, je fais attention de ne pas me mettre dans une petite cuvette naturelle, bref je fais en sorte que même s’il pleut comme hier je sois au sec cette fois ci.

Je profite d’avoir encore un beau torrent à côté de moi (d’ailleurs je vais sûrement bien l’entendre cette nuit) pour faire une grosse toilette. Le fond de l’air est frais mais c’est rien comparé à la température de l’eau. Impossible de mettre les pieds dans l’eau plus de quelques dizaines de secondes. Après la douleur du froid est trop insupportable.

Néanmoins, une bonne toilette complète est certes sur le coup difficile mais devient rapidement source de bien-être et de relaxation. Je n’irais pas jusqu’à dire que cela enlève toute trace de fatigue mais c’est vraiment délassant.

Abri de fortune pour repas au sec (ou presque)

La fin de soirée, ou on pourrait presque dire d’après-midi vu l’heure qu’il est, est pluvieuse. Le vent s’est levé et souffle fort apportant quelques gouttes. Par chance, à défaut d’avoir une tente assez grande pour pouvoir y manger, j’ai trouvé un abri de fortune sous un rocher. Ce n’est pas super confortable mais ça me permet de manger à peu près au sec.

Le repas terminé, je profite d’une petite accalmie pour aller me coucher et dormir d’un sommeil très léger malgré une fatigue très présente.


Jour 3 : Lac d’Anterne – col du Brévant

A nouveau ce matin la lumière du soleil filtrée par la tente me réveille à 5h30. Je me lève assez rapidement aidé par la tente qui rend impossible toute station assise. Obligé de sortir directement pour pouvoir m’habiller… C’est frais et ce n’est pas vraiment le moment que je préfère dans la journée mais bon !

Le soleil se lève doucement pendant que je me prépare. La tente est pliée, le sac bouclé et le petit déjeuner avalé. Le spectacle n’étant pas aussi majestueux qu’hier, je ne m’attarde pas et pars dès 6h30.

Levé de soleil sur les Fiz

Nous sommes le 3ème jour, les muscles sont endoloris et il me faut quelques kilomètres avant de remettre la machine en marche. Je commence par descendre sur le refuge Alfred Wills que je surplombe d’un peu plus de 200 mètres. Le refuge est constitué de quelques bâtiments avec des chèvres non loin de là en train de paître dans le creux de la vallée encore dans l’ombre de la montagne. Il fait frais à cette heure encore matinale et je vois quelques personnes, guère plus grandes que des fourmis qui commencent à s’activer autour du refuge.

Je ne saurais dire pourquoi mais j’aime ce moment. Le paysage est beau, le soleil se lève sur la grande muraille des Fiz et ce petit endroit isolé où la vie s’éveille avec le jour me plaît…

Refuge Alfred Wills sortant du sommeil

Je descends tranquillement jusqu’au refuge et le traverse de part en part. Tous ses habitants semblent levés et ne devraient pas tarder à prendre eux aussi la route. Moi je continue sans m’y arrêter et je crois que c’est l’une des rares fois où je me dis que j’aurais bien passé une nuit ici. Ce micro hameau est plein de charme et ne se laisse apprécier que par ceux prêts à marcher plusieurs heures pour venir le découvrir.

Je poursuis ma promenade du jour en longeant puis contournant la montagne des Fiz. Elle est imposante, grise et très haute. En bien des manières elle me rappelle le « rempart » de Mafate.

J’entame une très longue descente pas forcément agréable tant par le chemin que par les paysages mais j’arrive sur la cascade de la pleureuse. Il est 9h, c’est l’heure de prendre le café du matin. Je sors mon réchaud pour ma petite pause devant la cascade.

Je reprends ma route et très vite j’arrive dans une vallée luxuriante où plein de cascades se succèdent sur différents étages. La flore est très présente et embellit ce magnifique tableau. Je remonte cette vallée vers les hauteurs du plateau entourée de parts et d’autres par de grandes montagnes.

Je n’avais initialement pas prévu de passer par ici, pensant que le temps me manquerait mais quelle joie d’avoir pu venir. C’est presque l’une de mes plus belles journées depuis mon départ. Le temps magnifique y est certainement pour quelque chose.

Après avoir croisée beaucoup d’enfants sur cette randonnée (il y a probablement un centre de vacances non loin d’ici), je poursuis ma remontée jusqu’au passage du dévidoir. Une longue traversée de la plaine avant l’ascension jusqu’au dévidoir. Entre névés, pierrier et pente très forte j’arrive en haut bien fatigué.

Mais quelle récompense. Alors que j’ai les yeux rivés au sol depuis une heure pour terminer cette montée, j’arrive enfin sur la crête pour admirer le paysage saisissant sur la vallée de Chamonix et du Mont Blanc. Un spectacle incroyable que je partage avec les rapaces qui se laissent porter par les courants juste à ma hauteur, à seulement quelques mètres de moi.

Evidemment, c’est ici que je décide de poser mon sac pour faire ma pause déjeuner.

Et toi elle est comment ta cuisine où tu manges ?

Je reprends la route après cette pause. Dès le départ, le ton est donné : La pente abrupte dans un pierrier très instable où le chemin est balisé par quelques cordes accrochées dans les rochers. On est plus sur une via ferata que sur un chemin de randonnée. Certains passages sont même plus du ressort de l’escalade ce qui ne me rend pas très à l’aise avec mon sac de 15 kg sur le dos prêt à me déséquilibrer au moindre faux mouvement.

Descente abrupte… c’est pas ce que j’ai préféré

Bref, j’arrive par redescendre entier en bas. Je comprends maintenant pourquoi le chemin sur la carte n’était pas très clairement établi. Je voyais bien qu’il y avait un passage mais cela ne ressemblait pas à un chemin de randonnée classique… et pour cause.

Je remonte ensuite jusqu’au refuge Moët Anterne pour boucler la boucle. Me voilà revenu presque 24 heures plus tard au même endroit mais avec une belle balade entre les deux.

Encore une fois, il est trop tôt pour m’arrêter. A presque 15h je ne veux pas rester ici d’autant plus que le temps n’est pas au beau fixe. J’ai terminé la remontée vers le refuge sous les gouttes, donc rester ici me ferait un après-midi un peu long sans pouvoir faire grand-chose.

Je poursuis donc vers le col de Brévant. C’est encore très loin, probablement 3 ou 4 heures. L’idée, c’est de dormir au pied du sommet du Brévant pour en terminer l’ascension demain matin et profiter du lever du soleil là-haut. Pas sûr que je puisse arriver si loin mais il sera toujours temps de m’arrêter en chemin si je suis trop fatigué.

La pluie fine que j’ai eue sur le chemin avant d’arriver au refuge s’est calmée… un temps avant de se transformer en vraie pluie qui mouille. Obligé de marcher 1h30 avec la gore tex et la capuche, ce n’est pas le plus agréable mais finalement dès lors que je me suis protégé ça n’a pas été si terrible que cela. Et puis lorsque le soleil est revenu j’ai séché assez rapidement.

J’ai failli m’arrêter sur le chemin à cause de la fatigue mais finalement je voulais vraiment me laisser la possibilité de faire l’ascension demain matin au lever du jour. Alors j’ai continué jusqu’au col. La fin de la route se termine par une longue ascension (rien d’étonnant pour accéder à un col…) ainsi que des névés très importants. Beaucoup de neige de ce côté du col où je fais les derniers mètres avec de la neige jusqu’aux mollets.

Peut-on encore parler de névé? ?

En venant jusqu’au col, je tente un peu le tout pour le tout car c’est rarement les meilleurs endroits pour bivouaquer. C’est souvent dans le vent avec peu de place « plate ». Alors, lorsque j’arrive j’espère vraiment avoir fait le bon choix. Au premier abord, ce n’est pas gagné mais en cherchant un peu j’arrive à trouver une petite place en surplomb du col. C’est un soulagement car je suis encore au bout de mes forces aujourd’hui.

C’est particulier de marcher seul. Certains côtés sont indéniablement agréables. Je peux choisir mon chemin, mon allure, je m’arrête quand j’ai envie, je peux changer si j’ai envie, bref, je suis libre mais dès lors que la journée se termine et qu’on n’est plus occupé à marcher alors la solitude prend sa place. Et comme la météo n’est pas spécialement belle permettant de rester dehors à se reposer ou à lire, je marche… je marche jusqu’à l’épuisement total. Jusqu’au moment où je n’ai plus qu’à planter la tente, faire un brin de toilette, manger rapidement et pouvoir aller me coucher pour me reposer.

Ma chambre à coucher…

C’est donc ce que je fais ce soir et les températures très froides m’incitent à aller encore plus vite que d’habitude. Je pars me coucher après avoir profité de cette vue encore incroyable face au Mont Blanc et du glacier des Bossons que je ferai dans 2 jours.

Il est 20h, le soleil a disparu… et moi je ne suis plus.


Jour 4 : Col du Brévant – Chamonix

Il y a eu quelques gouttes cette nuit. Au réveil, la tente est mouillée mais surtout le ciel est resté complètement couvert. A partir de 4h, j’ai passé la tête dehors régulièrement pour voir si le ciel étoilé valait le coup mais surtout pour savoir s’il fallait que je me lève plus tôt pour profiter de la vue en montant encore un peu.

Finalement, entre le ciel couvert et la vue dégagée que j’ai d’ici, monter en haut du Brévant ne m’apporterait pas grand-chose. Je reste donc au chaud et dors jusqu’à 5h30. J’ai un réveil dans la tête !

Le Lever de soleil n’est pas aussi beau qu’espéré. J’ai encore en tête celui que j’avais fait en haut du pic du Bastan l’année dernière qui été extraordinaire, spécialement après l’ascension que j’avais faite de nuit. Mais aujourd’hui le crois que je n’en aurais pas eu la force.

Je reste là où je suis pour profiter des quelques couleurs orangées du matin en prenant mon petit déjeuner face au Mont Blanc et au glacier des Bossons. Rien de tel pour commencer une bonne journée.

Je prends mon temps ce matin en partant vers 7h. Le problème, c’est que je ne sais pas quoi faire aujourd’hui. Dans 2 heures je suis à Chamonix avec une journée d’avance sur ce que j’avais prévu et après je fais quoi ?

Le glacier des Bossons au fond

Je commence la descente en me disant que je trouverai bien une petite rando à faire sur la journée une fois en bas. Laissons-nous porter.

Et puis sur le chemin du retour je croise un panneau qui indique Lac Cornu et lacs Noirs. Je ne sais pas pourquoi mais cette destination m’intrigue. Le chemin repart en montée dans la montagne. Le temps est assez menaçant, je n’ai pas du tout préparé cette randonnée, je ne sais même pas où elle va mais je sens comme une attirance vers cette destination. Ce panneau placé juste devant moi m’intrigue, m’appelle même. Après tout, je n’ai rien de planifié aujourd’hui , alors laissons un peu de place à l’imprévu.

Je m’élance donc dans cette nouvelle montée jusqu’au col du lac Cornu dans un premier temps. De ce côté de la chaîne des aiguilles rouges, la neige est très présente et je traverse d’importants névés à plusieurs reprises. J’y vais toujours avec beaucoup de précautions, car malgré tout, une chute peut m’entraîner assez loin en bas… voire très bas !

Beaucoup de neige de ce côté…

Là-haut, j’ai une vue sur le lac Cornu. C’est vraiment beau mais ce n’est pas assez. J’hésite un peu mais le lac est loin en contre-bas, sans chemin visible pour y accéder. J’ai besoin d’eau car il n’y avait rien hier soir pour m’approvisionner. Je tente donc le chemin qui continue vers les Lacs Noirs.

Le chemin est très mal balisé, je dévie à plusieurs reprises, dont une fois sérieusement dans la neige. Habituellement, à cette époque de l’année, le tracé est bien indiqué à travers un chemin dans la roche… aujourd’hui, je traverse la neige sur 1/4 du parcours et donc sans balisage.

J’arrive enfin au lac Noir supérieur. C’est très beau. Le lac commence à peine à dégeler et l’eau noire contraste avec le blanc immaculé de la neige. C’est incroyablement beau.

Le Lac Noir et la chaîne du mont Blanc

Mais le lac est encore en contre-bas et donc inaccessible pour prendre de l’eau. Je continue vers le lac supérieur. On ne peut plus parler de névé ou de plaque, maintenant je suis complètement dans la neige, il n’y a que ça.

Je repère le lac, tout petit et tout gelé, impossible de prendre de l’eau. Impossible même de s’en approcher sans risquer de tomber dedans. La démarcation entre l’eau et la neige n’est pas claire. Je ne prendrai pas le risque de m’approcher.

En contemplant un peu le paysage, j’entends comme un suintement. Il y a un lac, alors il y a probablement une évacuation quelque part. Je pars à sa recherche. Pas simple mais je finis enfin par trouver. Le lac est en fait au pied d’un précipice qui tombe quelques dizaines de mètres plus bas. Je m’approche pour découvrir un autre lac d’une beauté incroyable. Là encore le dégel commence à peine et les couleurs noires intenses et blanc bleuté tranchent pour donner une œuvre d’art.

Lac Noir supérieur… D’une incroyable beauté

Je refais le plein d’eau et je reste là dans le froid à contempler cet endroit incroyable. Ce lieu restera dans les moments forts de ce voyage, tant par la beauté que par le fait que c’était complètement imprévu. Comme quoi, il faut savoir écouter son instinct et laisser un peu d’imprévu se glisser dans le programme.

En repartant, je croise Agnès qui n’ose pas franchir un endroit un peu technique pour récupérer un chemin redescendant à Chamonix. Je la guide et on fait un bout de chemin ensemble.

Je termine la redescente jusqu’à Chamonix comme je l’ai commencée il y a 4 jours, sous le téléphérique de la Flégère. La perte d’altitude apporte beaucoup plus de chaleur que j’en ai connu ces derniers jours. C’est bizarre de revenir à la civilisation avec tout ce monde, ces voitures, les infrastructures… bref, c’est assez incroyable comme en 3 jours on peut déconnecter complètement. Mais je ne suis pas mécontent de la douche qui m’attend !

Je m’installe au camping pour les 2 prochains jours. Coup de chance, je prends la dernière place de disponible. Moins chanceux, je suis juste à côté du bloc des sanitaires et du point de rassemblement de tout le camping. Le début de nuit va être sympa. D’un autre côté, c’est clairement un camping de randonneurs et d’alpinistes alors l’ambiance est plutôt sympa.

En toute intimité !

Je m’installe et je pars visiter un peu le centre-ville de Chamonix. Il n’est pas très tard alors je me balade un peu avant de m’arrêter prendre l’apéro dans un bar. Et comme c’est sympa, je reste finalement pour manger un bon gros hamburger avec des frites maison. Ça fait du bien après 4 jours de nourriture lyophilisée.

C’est assez étrange d’être ici en ville et seul. Autant la solitude n’est pas un poids lorsque je suis dans les montagnes mais ici, attablé, à regarder les gens passer il y a une vraie solitude. On se demande un peu ce qu’on fait là.

Bref, je termine de manger tôt et rentre me coucher. A 20h30 je suis au fond de mon duvet prêt à dormir malgré le bruit juste à côté.


Jour 5 : Refuge Albert premier

Lever de soleil sur le Mont Blanc

C’est aujourd’hui que commence la deuxième phase de mon aventure avec des randonnées à la journée pour les 2 prochains jours. A l’origine, cette expédition ne devait durer que 3 ou 4 jours, d’où le tour des aiguilles rouges. Et puis finalement, super Kremeuth est venue à la maison pour aider Céline avec les enfants, alors j’en ai profité pour étendre un peu mon séjour et profiter de cette région magnifique.

Aujourd’hui, j’ai prévu d’aller voir le refuge Albert premier permettant d’aller sur le glacier d’Argentière (enfin à côté). Je me lève tôt comme d’habitude et profite du lever de soleil sur un Mont Blanc complètement dégagé. La météo s’améliore de jour en jour. On ne peut pas dire que le camping soit super mais il n’est pas très loin du centre-ville qui est accessible à pied et la vue sur le Mont Blanc n’est pas mal du tout.

Je pars directement pour aller prendre mon petit déjeuner à Argentière dans une boulangerie. C’est délicieux donc j’en profite pour acheter mon pique-nique de ce midi.

Je gare la voiture à Le Tour, départ de la randonnée du jour. Tout le début de la montée se fait sous les remontées mécaniques. 2 télésièges se succèdent et sont même en activité durant l’été. Il n’y a personne pour le moment, mais je croise beaucoup de pistes de VTT. Il est encore trop tôt pour les voir descendre la montagne mais je les croiserai lors de la descente.

Je ne garde pas un souvenir mémorable de la montée qui n’est pas très intéressante, en tout cas jusqu’à ce qu’on arrive à proximité du glacier. Là c’est autre chose. Le glacier est magnifique, on voit très bien les blocs de glace blancs bleutés.

Ma seule expérience jusqu’ici était le glacier Athabasca au Canada. C’était déjà impressionnant mais pas autant qu’aujourd’hui. Je crois que je viens de me découvrir une nouvelle passion !

Le glacier d’Argentière

L’avantage de partir aussi tôt, c’est qu’on ne croise pas grand monde. Il doit y avoir 3 ou 4 personnes loin devant moi et personne en vue derrière. Cette tranquillité contraste grandement, à posteriori, avec la foule (je pense que le terme n’est pas tant exagéré) qui fera l’ascension plus tard dans la matinée lorsque je serai dans l’autre sens.

La dernière partie de la montée est assez longue. Le refuge se laisse voir très tôt dans la montée mais le chemin pour y accéder est interminable. Il m’a fallu une heure pour y parvenir alors que j’avais la sensation d’être à côté.

J’arrive enfin au refuge, assez impressionnant de par sa taille. Ce n’est pas la petite bergerie qui permet de s’abriter en cas de tempête de neige. Là, c’est le gros hôtel qui peut accueillir beaucoup d’alpinistes. D’ailleurs lorsque j’arrive, les premiers alpinistes du jour redescendent de leur ascension, harnachés avec leurs baudriers, cordes et autres crampons. Ils ont l’air ravi !

Le haut du glacier, emprunté par les alpinistes

Pour ma part je ne m’attarde pas au niveau du refuge mais tente de continuer l’ascension. J’ai vu sur un blog qu’il y avait un moyen de poursuivre encore un peu la montée. Mais j’ai beau chercher je ne trouve pas le chemin indiqué alors j’y vais au feeling en me frayant un chemin parmi les rochers. Ici plus de piste, plus de signe sur les rochers pour me guider.

J’arrive à monter encore de 100 ou 200 mètres en altitude avec une fin plus proche de l’escalade que de la randonnée. D’ailleurs j’abandonne avant le sommet que je visais, je ne suis pas assez confiant et je ne veux pas prendre de risque.

Refuge Albert premier et les aiguilles rouges en arrière plan

Et puis d’ici la vue est déjà magnifique. Je surplombe complètement la langue du glacier d’Argentière, je vois très nettement les différents chemins empruntés par les alpinistes pour monter plus loin sur le glacier. De l’autre côté, le blanc laisse place au vert et au marron rocailleux. Pour la première fois de mon séjour j’ai une vision à peu près globale du fameux massif des aiguilles rouges dont je viens de compléter le tour. Je suis ravi d’être ici.

Je pique-nique sur le chemin du retour, face au glacier pour en profiter une dernière fois. En poursuivant ma descente j’aperçois au loin un lac artificiel formé par un barrage. Ça a l’air joli et comme nous sommes en tout début d’après-midi j’irais bien y faire un tour.

Le lac d’Emosson au fond qui m’appelle

Je prends conseil auprès du gars qui s’occupe du télésiège pour pouvoir trouver un point de vue sympa et c’est parti pour une nouvelle rando.

En me rapprochant du point de vue sur le lac d’Emosson, je découvre avec surprise que je suis sur la frontière avec la Suisse. Je fais même une petite incursion au pays helvétique pour quelques pas afin d’aller jusqu’au point de vue conseillé pour admirer le lac.

Petit passage en Suisse

Arrivé en haut je ne suis pas déçu. J’ai un magnifique panorama sur le lac, le barrage mais aussi toutes les montagnes françaises et suisses. En contre- bas, j’aperçois le petit village où je suis garé avec la longue descente qui m’attend. Pas le moment le plus drôle de la journée mais il faut bien passer par là.

J’arrive plus tôt que jamais en bas. Il est 16h lorsque je profite d’une petite bière bien fraîche au bar qui se trouve en bas des pistes. Je suis loin d’être le seul randonneur à m’y rafraîchir.

Je rentre ensuite à Chamonix pour profiter de la douche du camping… On ne va pas se mentir, c’est sûrement la partie la plus agréable du fait d’être dans un camping alors je la déguste.

Soirée dans la ville comme hier et je profite de cette dernière soirée pour faire quelques achats pour ramener à la maison : saucisson et fromage principalement. Et ce soir je voulais manger savoyard alors je me suis trouvé un petit resto pas trop touristique sur les conseils des personnes du camping pour déguster une tartiflette. Oui nous sommes en juillet et il fait chaud… mais c’est comme la raclette, c’est bon toute l’année !


Jour 6 : La Jonction

Il y a eu un gros orage cette nuit. Du coup lorsque je plie la tente, elle est encore trempée. Je suis bon pour la déplier à la maison et prévoir un bon nettoyage.

Je pars prendre mon petit déjeuner dans une boulangerie comme hier, mais aujourd’hui je suis au pied du téléphérique de l’aiguille rouge. J’ai beaucoup moins de réussite. Bien qu’il y ait beaucoup de monde (tous les alpinistes qui attentent la première montée sont là), le repas n’est pas bon. Du coup je n’y prends pas mon sandwich pour ce midi. Ce n’est pas très grave, c’est une rando courte, je vais rentrer tôt.

Je pars garer la voiture à “Le Mont” pour faire ma randonnée du jour : La Jonction. Il s’agit d’une montée assez abrupte dans une langue de terre coincée entre 2 glaciers : celui des Bossons et celui de Tacannaz. Le but est de monter jusqu’à la jonction des deux.

Je me mets en chemin et j’aperçois le premier panneau : 4h50 de montée ?!! Ça veut dire 7 à 8 heures aller/retour. Je n’avais pas du tout prévu cela. J’ai même interverti ma randonnée d’hier pour garder celle-ci aujourd’hui pensant qu’elle était plus courte et que cela me permettrait de rentrer plus tôt à la maison.

Maintenant que je suis là , de toute façon, je ne vais pas faire demi-tour. Tant pis, c’est parti. Je sors les bâtons et je pousse fort !

Le bout de la langue du glacier des Bossons

Je fais une première pause après une trentaine de minutes au chalet du glacier des Bossons. Il y a une petite exposition extérieure expliquant la vie du glacier et sa longue fonte pour se réduire drastiquement. Ce n’est pas aussi désolant que la mer de glace mais ça me fait mal…

Il y a aussi quelques panneaux et même des objets du film « Memphis bell » avec Jacques Villeret qui a été tourné ici et même dans le glacier puisqu’à l’époque une galerie avait été creusée à l’intérieur… disparue depuis avec la fonte des neiges.

D’ailleurs, c’est pendant cette pause d’observation que j’entends un énorme bruit. Comme une déflagration. J’identifie très vite l’origine, un énorme bloc de glace vient de se détacher du glacier et d’exploser en poussière… Voilà un phénomène bien visible de chez nous du réchauffement. La lente agonie des glaciers, qui année après année reculent et laissent le terrain à la roche dans un processus qui ne faiblit pas d’année en année. C’est un coup au moral mais il faut repartir !

Je relance donc dans les lacets de la forêt jusqu’aux alentours de 1800/2000 mètres d’altitude et le chalet des pyramides. Le chemin est très abrité sous les arbres avec quelques belvédères de temps à autre pour admirer l’un ou l’autre des glaciers. Chaque fois c’est une vue magnifique. Je ne regrette vraiment pas le choix de mes randonnées.

Le chalet se trouve à peu près à mi-chemin et j’y suis parvenu en 1h et demie. Le rythme est très bon, je devrais parvenir au sommet plus rapidement qu’annoncé.

La deuxième partie de la montée est plus sauvage, la végétation a disparu et je suis dans les cailloux. Le chemin est maintenant balisé par des points rouges peints à même les rochers. Il faut faire attention pour ne pas les manquer. Certains passages nécessitent de l’escalade et je dois même rebrousser chemin à quelques reprises car je me suis égaré.

Le glacier presque à porté de main

Totalement différente de la première partie, le paysage n’en n’est pas moins beau, bien au contraire, puisque sans végétation j’ai une vue dégagée sur cette minéralité. J’approche même du glacier des Bossons jusqu’à pouvoir le toucher. C’est impressionnant.

J’arrive à la Jonction à 2500 mètres… la vue est incroyable : la Jonction avec les deux glaciers, le Mont Blanc presque à portée de main, l’aiguille du midi et son téléphérique, le Tacul… bref, je suis au pied de tous ces mythes avec en prime une vue totalement surréaliste sur le glacier du Bosson.

Nous sommes 3 lorsque j’arrive en haut et quelques personnes nous rejoindront pendant mes 45 minutes de contemplation. Le vue est tellement incroyable et différente de ce qu’on peut connaître dans nos campagnes. Même lorsqu’on connaît la montagne en hiver, on ne connaît pas ce type de paysage. On a l’impression d’être devant des blocs de roche mais blancs. On peut sentir la puissance du glacier qui compresse et déforme toute la glace qui s’y trouve, et pourtant il y a une certaine paisibilité ici voire fragilité… une dualité vraiment étrange

Quel paysage incroyable !

 

J’ai du mal à me décider à repartir mais il commence à faire froid. Je ne me suis pas assez équipé aujourd’hui et la fraîcheur de l’altitude me gagne.

Je prends donc le chemin de retour en marchant vite, voire en trottinant de temps en temps pour franchir les gros rochers et ne pas avoir à forcer sur les cuisses. Je trottine de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps. Très vite je me mets à courir car finalement c’est moins fatiguant que de marcher en retenant chacun de mes pas dans la descente. Et puis comme ce n’est pas ce que je préfère la descente, je me dis que ça ira plus vite.

Une vue totale sur le massif des aiguilles rouges et les Fiz au loin

Contre toute attente et après ces 6 jours de randonnée intensive, j’arrive en bas en pleine forme. Je suis monté en 3h et descendu en 1h30 pour une montée annoncée en 4h50 (bon soyons honnêtes, j’ai regardé après coup sur internet et très peu de personnes montent en 4h50, c’est largement sur-estimé). Je suis content de mon état de forme. Je me dis que mon année d’entraînement à la course porte ses fruits. C’était le moment de prévoir un trail dans les 2 semaines :o)

Arrivé en bas, je me trouve un torrent pour faire une grosse toilette avant de prendre la route car je suis trempé. Et puis, rouler 6 ou 7 heures en étant propre c’est quand même plus sympa.

Sur le retour, j’apprends que Céline, Chantal et les enfants passent la soirée à Chartres pour aller voir un concert d’orgue dans la cathédrale. Les enfants avait entendu la répétition plus tôt dans la semaine et voulaient revenir, alors je les rejoins là-bas pour passer la soirée ensemble.

Une petite semaine incroyable qui se termine…

bye bye !